Didier Migaud vient de présenter et commenter le
dernier rapport de la Cour des Comptes qu'il préside. Son contenu
vaut la peine qu'on s'y arrête et qu'on le décrypte en français
courant parce qu'il illustre, en termes polis mais dénués
d'ambiguité, la situation catastrophique dans laquelle se trouve le
pays après quarante années de socialisme plus ou moins larvé. Il
tranche singulièrement avec les commentaires dopés au Prozac de
l'ex-maire de Tulle, du petit caudillo aux mâchoires serrées, et
des deux têtes (pour à peine un seul cerveau médiocre) de Bercy.
Histoire d'emballer le propos avec un beau papier
cadeau et un ruban rouge, Migaud commence par avancer : « La
France s'est certes engagée dans "un effort d'ampleur"
pour réduire ses déficits et n'a pas à rougir du résultat... »,
puis il en vient au vif du sujet : « mais elle ne
parviendra pas à atteindre son objectif pour 2014. »
Par « effort d'ampleur », il faut
comprendre : les impôts ont bel et bien été boostés. Ça
méritait d'être rappelé, des fois que les Français ne s'en
seraient pas aperçu.
En revanche, ça ne suffira pas. Parce que, selon
une loi économique bien connue et que Reagan avait déjà proclamée
en son temps, plus le taux d'imposition augmente et est
confiscatoire, moins l'impôt rapporte. Et enfin, ça ne marchera
pas, parce que l'autre volant d'action, celui de la réduction des
dépenses, c'est-à-dire la diminution du train de vie de l'Etat,
demeure inutilisé.
Si les prévisions de croissance se réalisent, le
déficit des administrations publiques va atteindre près de 4% du
PIB au lieu des 3% visés. Si ces prévisions se réalisent. Mais,
elles ne se réaliseront pas. Trop optimistes. Donc le déficit ne
sera pas de 4%. Il sera supérieur. Comme disait l'autre, si on avait
eu des truffes, on aurait pu faire une omelette aux truffes.
Malheureusement, on n'a pas d'oeufs...
Puisqu'on parle des prévisions : La Cour des
Comptes juge celles sur l'assurance-chômage largement optimistes.
Elles aussi. Il est réconfortant d'avoir un gouvernement qui baigne
dans l'optimisme.
Quant aux dépenses des collectivités
territoriales, elles sont sous-estimées. L'Etat compte par exemple
sur des économies réalisées par les collectivités locales à
hauteur de 15 milliards. Mais l'Etat en parle d'autant plus à son
aise qu'il n'a aucune maîtrise sur ces dépenses qui ne sont pas de
son ressort...
Alors, qu'est-ce qui laisse penser nos têtes
d'oeufs énarques de Bercy qu'il y aura des économies dans les
collectivités locales ? Simple : elles partent du principe
que si l'Etat donne un euro de moins au budget des collectivités
locales, c'est un euro de moins qui sera dépensé par elles.
Seulement, ce n'est pas ce qui a été constaté en
2013 : la légère baisse de la dotation n'a aucunement fait
baisser leurs dépenses. Au contraire, ces dépenses ont même
augmenté. Il faut dire que 21 régions sur 22 sont pilotées par des
socialistes... Comme disait Jacques Chazot, c'est déjà assez
pénible d'être ruiné, s'il faut, en plus, baisser son train de
vie...
Toujours cette fameuse illusion socialiste qui
consiste à croire qu'en refaisant encore et encore la même action,
on obtiendra un beau jour un résultat différent.
La Cour des Comptes, à l'évidence, connaît bien
les socialistes et leur péché mignon, car elle prévient du danger
en faisant remarquer: « Rien n'empêche les collectivités
territoriales de relever la fiscalité locale ou de recourir à
l'endettement pour augmenter le niveau de leurs dépenses ! »
Autrement dit, rien n'empêche les collectivités locales d'agir
comme l'Etat au niveau national. Et d'ailleurs, elles ne se gênent
pas. Le message est clair : le risque est que, pour tenter de
baisser ses propres déficits, l'Etat refile le bébé de
l'augmentation fiscale aux Régions. Ou leur refourgue la patate
chaude de l'endettement. Au choix. Le citoyen-contribuable
appréciera.
La Cour des Comptes met ensuite le doigt où ça
fait mal au gouvernement, en corrigeant le vocabulaire utilisé dans
sa communication. Là où le gouvernement voit une « économie »
sur les dépenses de l'Etat, la Cour des Comptes ne voit qu'une
diminution de l'augmentation des dépenses. Si le gouvernement ne
faisait rien, il dépenserait 120 milliards de plus que l'année
dernière. Mais comme il fait un petit quelque chose, il ne dépensera
« que » 112 milliards de plus que l'année précédente.
C'est ce que le gouvernement appelle une "économie" de 8 milliards...
L'Etat socialiste a ainsi le sentiment de diminuer
sa dette comme le poivrot qui, au comptoir, prend d'abord un double
whisky, puis un simple whisky, puis un baby, pense diminuer sa dose
d'alcool et s'étonne: « plus je diminue ma dose de whisky et
plus je suis saoûl ! » Plus le gouvernement fait des
« économies » et plus son déficit augmente...
Ensuite, la Cour des Comptes remarque que 30
milliards sur les 50 que l'Etat promet de réaliser sont « encore
peu documentés ». En bon français courant, cela signifie que
60% des économies qui sont promises (et de toutes manières déjà
insuffisantes), sont du pur pipeau.
La Cour se montre consolatrice et magnanime: « il
existe incontestablement d'importantes marges de progrès pour
réduire la dépense publique efficacement » encourage-t-elle.
Elle invite par exemple l'Etat à faire un bilan du "temps de
travail effectif" des fonctionnaires, notamment territoriaux.
Autant dire qu'elle a peu de chance d'être entendue par notre
gouvernement socialo, dont le fond de commerce électoral repose en
grande partie sur la caste des fonctionnaires.
Elle conclut son rapport en rappelant son rôle de
vigie indépendante au service du Parlement et du citoyen.
Malheureusement, ce n'est pas la vigie qui tient la
barre, et si le capitaine (de pédalo, en l'occurrence) est
sourd-dingue ou mal-comprenant, et laisse aller son embarcation sur les
récifs, la vigie peut bien s'égosiller, le naufrage est
inéluctable. Et de fait, la vigie s'égosille, car ce rapport de la
Cour des Comptes est un fac-similé des précédents.
Fac-similé ? Non, pas tout à fait. Car cette
année, Didier Migaud remarque que, pour la première fois, le
niveau de la dette en France est supérieure à la moyenne constatée
aussi bien dans tous les pays de l'Union européenne que dans ceux de
la zone euro seule. Il n'y a pas à dire, la gestion du pays par
notre ex-maire de Tulle est vraiment performante.
Pour adoucir la pilule, Migaud concède qu'on
n'efface pas 40 ans de gestion déséquilibrée des finances
publiques en quatre ans, et, ajoute-t-il, au lendemain de la crise
financière la plus grave qu'ait connu le pays depuis l'entre-deux
guerres. Façon aussi d'exonérer partiellement le déficit creusé
lors du quinquennat de Sarkozy et de mettre un bémol au refrain des
socialistes sur « l'héritage » présenté comme excuse
systématique pour leur fiasco économique.
Bref, si la France se dirige tout droit vers le
précipice depuis quarante ans, Hollande Ouille et sa clique
d'incapables lui font accélérer sa course à bride abattue.






